À 28 ans, Jelena Ostapenko regarde en arrière sans amertume, mais avec une lucidité rare. Dans un entretien accordé au podcast The Sit Down, la Lettone a évoqué les années qui ont suivi son titre à Roland-Garros en 2017 — et la difficulté de gérer une telle consécration à seulement 19 ans.
Roland-Garros 2017 : le poids d'une victoire précoce
Jelena Ostapenko avait deux jours à peine passé les 19 ans quand elle remportait la finale parisienne face à Simona Halep (4-6, 6-4, 6-3), au terme d'un parcours où elle avait notamment éliminé Caroline Wozniacki et Sam Stosur. Une trajectoire fulgurante, qui fit d'elle du jour au lendemain l'une des joueuses les plus attendues du circuit.
Mais ce que l'on perçoit de l'extérieur comme une révélation peut se vivre, de l'intérieur, comme une déstabilisation. C'est ce qu'Ostapenko a choisi d'expliquer avec une franchise qu'on entend rarement dans ce milieu.
La Lettonie, l'attention, et le fil perdu
Ce qui frappe, c'est la façon dont Ostapenko situe la difficulté : non pas dans la compétition elle-même, mais dans le retour au pays. La Lettonie est un petit pays, et dans un petit pays, une championne de Grand Chelem devient quelque chose de plus grand que le sport.
« Il m'a fallu quelques années pour m'habituer à ce qui s'était passé. Je viens d'un tout petit pays [...] Toute cette attention, surtout quand tu rentres chez toi, elle vient de partout. C'est vraiment bien, mais d'un autre côté, c'est un peu difficile, parce qu'on perd le focus. »
Elle alla plus loin dans l'analyse, estimant qu'une victoire en Grand Chelem obtenue quelques années plus tard lui aurait peut-être permis de mieux l'absorber. « Si j'avais gagné un Grand Chelem un peu plus âgée, je pense que j'aurais mieux géré les choses », reconnut-elle.
Une carrière solide, un palmarès sans deuxième sommet
Depuis 2017, Ostapenko a remporté huit titres, dont le tournoi WTA 1000 de Dubaï en 2022, et atteint un classement de numéro 5 mondiale en 2018. Elle a aussi disputé une demi-finale à Wimbledon cette même année. Mais un deuxième titre en Grand Chelem n'est pas venu, et la joueuse actuellement classée 23e mondiale en parle sans détour.
Ce parcours en dit long sur la complexité de l'après-consécration dans le sport de haut niveau. Être sacrée jeune n'est pas toujours le point de départ d'une domination prolongée — c'est parfois, aussi, une épreuve de reconstruction.
Une saison 2026 en demi-teinte
Sur le plan sportif, la saison en cours ne lui sourit qu'à moitié. Son bilan de 9 victoires pour 8 défaites depuis le début de l'année reflète une régularité encore à trouver. Son meilleur résultat reste une demi-finale au tournoi de Doha le mois dernier — une performance de bon niveau sur laquelle elle pourra s'appuyer.
La suite de sa saison dira si ce travail d'introspection, qu'elle mène visiblement depuis plusieurs années, peut se traduire par une constance accrue sur le circuit. À ce stade, la question n'est pas de savoir si Ostapenko peut encore produire du grand tennis — elle l'a montré cette année face à Paolini notamment — mais si elle peut le faire sur la durée d'un tournoi majeur.




