Interview

Rublev : « Eux, ils jouent au tennis. Moi, parfois j'espère »

Dans un entretien au Corriere dello Sport, Andrey Rublev a livré une autocritique saisissante sur ce qui le sépare d'Alcaraz et Sinner : leur capacité à produire leur meilleur tennis quel que soit le score.

Julien Doucet
6 avril 2026
3 min
Rublev : « Eux, ils jouent au tennis. Moi, parfois j'espère »

Dans un entretien accordé au Corriere dello Sport, Andrey Rublev a livré une autocritique franche sur ce qui le sépare des deux meilleurs joueurs du monde. Pour le Russe, classé 16e mondial, Carlos Alcaraz et Jannik Sinner partagent une qualité rare : la capacité à produire leur meilleur tennis quel que soit le score, le tour ou l'enjeu.

Une différence de fond, pas de détail

Andrey Rublev n'a pas cherché à habiller ses mots. Face au Corriere dello Sport, il a posé le diagnostic avec une netteté qui tranche :

« La différence entre eux et nous, c'est qu'ils jouent au tennis. Peu importe le score, le tour ou quoi que ce soit — ils jouent leur meilleur tennis. Moi, parfois je joue, parfois j'espère juste bien servir ou bien relancer pour ne pas avoir à gérer les échanges, parfois j'espère une double faute, et parfois j'espère juste ne pas rater. »

Ce que décrit Rublev, c'est un écart d'état d'esprit dans la construction du point. Là où Carlos Alcaraz, numéro 1 mondial, et Jannik Sinner, numéro 2, maintiennent une intention constante sur chaque balle, le Russe reconnaît des phases où il subit plutôt qu'il ne décide. C'est un aspect souvent sous-estimé : le tennis de haut niveau ne se joue pas seulement sur les gestes techniques, mais sur la régularité de l'intention tactique tout au long d'un match.

Des confrontations qui confirment le constat

Les chiffres des confrontations directes illustrent ce que Rublev formule en mots. Face à Sinner, son bilan est de 3 victoires pour 7 défaites. L'italien a remporté cinq de leurs six dernières rencontres. Face à Alcaraz, Rublev compte 1 victoire pour 5 défaites lors de leurs six dernières confrontations. Cette saison, les deux se sont croisés en demi-finale à Doha, et l'Espagnol l'a emporté sans que le Russe ne parvienne à inverser le rapport de force.

Ce n'est pas une question de niveau de jeu au sens brut du terme. Quand Rublev trouve sa zone, il peut battre n'importe qui. Le problème, selon lui, c'est la continuité de l'intention sur l'ensemble d'un match.

Une domination qui force l'objectivité

Depuis 2024, seuls Alcaraz et Sinner ont remporté des Grand Chelems. Cette réalité statistique n'a pas échappé à Rublev, qui la cite non pour se décourager, mais pour en tirer une lecture différente.

Il a confié que l'ascension des deux joueurs lui avait en réalité donné de l'espoir. Son raisonnement : il ne leur a fallu qu'un ou deux ans pour s'imposer au sommet. Ce n'est pas le discours d'un joueur résigné, mais d'un compétiteur qui cherche un point d'appui dans l'analyse des trajectoires de ses adversaires. À ce niveau, la marge est infime entre celui qui s'adapte et celui qui stagne.

Un regard lucide, une question ouverte

Ce qui rend cette sortie notable, c'est sa précision. Rublev ne parle pas de physique, de service ou de puissance de frappe. Il identifie un écart mental et décisionnel : la capacité à rester dans une logique de jeu construite plutôt que réactive. C'est exactement ce que l'on observe chez Alcaraz et Sinner — une prise d'initiative quasi permanente, même en difficulté.

Reste à savoir si cette lucidité débouchera sur un changement dans l'approche. La prochaine échéance sur le circuit lui donnera l'occasion de vérifier si l'analyse suffit à modifier les comportements en match.

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