Dans les discussions sur les prochains challengers d'Alcaraz et Sinner au sommet du classement ATP, deux noms reviennent régulièrement : Ben Shelton et Jack Draper. Deux gauchers, deux profils offensifs, deux carrières en construction. Daniil Medvedev s'est penché sur ce que représente réellement le fait d'être gaucher dans le tennis moderne — et sa réponse nuance une idée reçue tenace.
La question que tout le monde se pose, sans vraiment y répondre
L'idée est ancrée dans l'imaginaire collectif du tennis : être gaucher, c'est un avantage. Les droitiers, majoritaires sur le circuit, sont moins habitués à affronter des gauchers. La rotation du service, l'angle du revers, tout semble pencher en faveur du gaucher. Pourtant, Medvedev, fort de son expérience sur le circuit, propose une lecture plus complexe.
Ce qui frappe, c'est la façon dont il retourne l'argument. Si les droitiers jouent rarement contre des gauchers, les gauchers, eux, passent l'essentiel de leur carrière à affronter des droitiers. L'accoutumance, dans ce sens, joue plutôt en faveur de ceux qu'on croyait désavantagés.
Medvedev : "Je me demande toujours ce qu'ils ressentent"
C'est avec une vraie curiosité que le Russe a abordé le sujet. Sans certitudes, mais avec la précision d'un joueur qui a passé des années à décortiquer les schémas tactiques adverses.
"Je me demande toujours, parce que je ne suis pas gaucher, ce qu'ils ressentent. [...] La plupart du temps, ils vont jouer contre des droitiers, donc ils y sont habitués. Nous, en tant que droitiers, nous ne le sommes pas, car nous les affrontons bien moins souvent qu'ils ne nous affrontent."
La nuance est là : Daniil Medvedev ne dit pas que c'est un désavantage d'être gaucher, mais il refuse d'en faire un atout automatique. L'avantage supposé dépend du contexte, du niveau, et surtout de la lecture que chaque camp fait de l'autre.
Un duel tactique permanent
Sur le plan du jeu, Medvedev décrit un rapport d'opposition où chaque camp cherche à exploiter les failles de l'autre. Contre un gaucher, l'objectif est d'utiliser toutes les ressources disponibles — le slice, les changements de rythme, pousser l'adversaire sur son revers — pour tenter de prendre l'ascendant. Mais le gaucher, de son côté, poursuit exactement la même logique.
Ce bras de fer permanent, c'est précisément ce qui rend ces confrontations intéressantes à analyser. Medvedev prend l'exemple de Juncheng Shang — qu'il a récemment affronté — pour illustrer cette interrogation : le gaucher entre-t-il sur le court avec le sentiment d'avoir un temps d'avance, fort de son expérience accumulée contre les droitiers ? La question reste ouverte.
Shelton et Draper : des trajectoires à confirmer
Derrière l'analyse tactique, c'est bien la question de l'avenir du tennis masculin qui se pose. Shelton a décroché un titre cette saison, preuve d'une régularité qui commence à se construire. Draper, lui, a dû composer avec une blessure à la main qui l'a tenu éloigné des courts, ce qui complique forcément toute projection à court terme.
Les deux joueurs sont encore jeunes, et le chemin vers le sommet du classement ATP est long. On commence à voir se dessiner des trajectoires sérieuses, mais la confirmation sur la durée reste à venir. Medvedev lui-même, qui a mis des années à s'installer durablement parmi l'élite, sait mieux que quiconque que la précocité ne suffit pas — il faut aussi la constance.
Pour Medvedev, la suite de la saison sera scrutée de près. Actuellement classé 11e mondial, avec un bilan récent contrasté — des défaites notamment contre Shang —, le Russe cherche à retrouver la dynamique qui l'a porté jusqu'au sommet du classement. Ses prochaines sorties seront déterminantes pour stabiliser son rang et relancer une saison pour l'instant en demi-teinte.




