Alexander Zverev a longtemps gardé le silence sur son diabète de type 1, diagnostiqué alors qu'il n'avait que trois ou quatre ans. C'est après sa grave blessure à Roland-Garros que l'Allemand, aujourd'hui 4e mondial, décida de briser ce silence — non par obligation, mais par choix réfléchi.
Un secret gardé pendant des années
Ce n'est qu'en août 2022 que Zverev rendit publique sa condition. Pendant des années, il avait délibérément écarté le sujet. La raison ? Il refusait que chaque victoire ou chaque défaite soit analysée à travers le prisme de sa maladie. Il admettait également une part de gêne, celle de tout athlète de haut niveau qui se construit une image de force, de maîtrise, d'imperméabilité.
La logique est compréhensible. Sur le circuit ATP, la moindre faiblesse perçue est immédiatement exploitée — par les adversaires, par les commentateurs, parfois même par les partenaires d'entraînement. Garder le diabète en dehors du débat public, c'était aussi se préserver.
Roland-Garros comme point de bascule
La blessure à Roland-Garros changea la donne. Contraint au repos, Zverev eut le temps d'une réflexion qu'il n'avait jamais vraiment faite en pleine saison. C'est dans cet espace forcé qu'il prit la décision de parler.
"Depuis l'enfance, j'ai dû concilier le diabète et le sport. [...] Après ma blessure à Roland-Garros, j'ai eu le temps de réfléchir et j'ai réalisé qu'il était important d'aider les autres par mon exemple. Rien ne dure éternellement dans la vie, pas même le tennis, alors je suis déterminé à profiter pleinement de ce que je fais."
On lit entre les lignes une maturité nouvelle. Zverev n'a pas seulement géré une carrière depuis son jeune âge — il a géré une maladie chronique en parallèle, en silence, avec les contraintes que cela implique au quotidien : la gestion de la glycémie, les variations d'énergie, les adaptations invisibles que le grand public n'a jamais vues.
Un engagement concret, pas un simple discours
Alexander Zverev ne s'est pas arrêté à la prise de parole. Il créa la Fondation Alexander Zverev, dont l'objectif est d'aider des enfants diabétiques à accéder à l'insuline, aux médicaments et aux soins nécessaires. Un engagement qui donne du poids à ses mots.
Ce n'est pas anodin. Beaucoup d'athlètes de sa stature communiquent sur leur image sans s'engager structurellement. Là, il y a une démarche concrète derrière la déclaration publique. La question qui se pose maintenant, c'est l'ampleur que prendra cette fondation à mesure que Zverev gagne en visibilité mondiale.
Ne pas faire du diabète une excuse — ni un alibi
Zverev est clair sur un point : il ne veut pas que le diabète devienne le récit central de sa carrière. Il l'a dit explicitement. Il refuse que la maladie serve d'explication à ses contre-performances ou de circonstance atténuante dans les analyses.
C'est un positionnement stratégiquement intelligent. En choisissant lui-même le cadre de la révélation — le moment, le message, le vecteur — il conserve la maîtrise du narratif. Il ne subit pas la disclosure, il la pilote. Et en insistant sur ce qu'il a accompli malgré le diabète, il transforme la contrainte en symbole : celui que rien n'est impossible pour un enfant atteint de la même maladie.
Sa récente demi-finale à l'Open d'Australie, où il poussa Carlos Alcaraz dans ses derniers retranchements, illustre bien ce propos. Il reste l'un des joueurs les plus complets du circuit, 4e mondial, avec un bilan de 481 victoires pour 214 défaites en carrière. Le diabète n'a pas empêché ça. C'est précisément le message qu'il veut faire passer.
Après deux défaites consécutives face à Corentin Moutet, Zverev sera attendu au tournant sur les prochaines échéances de la saison sur terre battue, surface sur laquelle il affiche l'un des meilleurs bilans du circuit. Retrouver sa régularité globale reste l'enjeu immédiat, avant d'aborder les grands rendez-vous du printemps européen. Pour un joueur qui veut gagner encore des Grand Chelems, chaque tournoi compte désormais double.




