Retraité du circuit depuis 2024, Dominic Thiem revient sur l'une des pages les plus marquantes de sa carrière : ses deux finales à Roland Garros face à Rafael Nadal. Dans un podcast récent, l'Autrichien a livré un récit inédit sur l'état d'esprit des deux joueurs dans les heures précédant la finale de 2019 — une confidence qu'il gardait pour lui tant qu'il était encore en activité.
La confiance d'un demi-finaliste vainqueur
Dominic Thiem arrivait en finale de 2019 avec une conviction solide. Il venait de battre Novak Djokovic en demi-finale, dans ce qu'il décrit lui-même comme un match intense, et portait avec lui le souvenir d'une victoire récente sur Nadal à Barcelone, quelques semaines plus tôt.
Ce résultat barcelonais avait joué un rôle direct dans sa préparation mentale. Sur la terre battue catalane, il avait dominé l'Espagnol en deux sets, sans même être à son meilleur niveau selon ses propres mots. De quoi alimenter une certitude : il pouvait battre Nadal à Paris.
« First of all, 2019, the second French Open final, I was really convinced that I could beat Rafa in the finals because I played a great tournament. I beat Novak in the semis in an epic semis, and then I was really convinced that I could beat Rafa, and that was also my mindset throughout the hours before the finals. But there's quite a funny story, which I can tell now. I wouldn't tell it as an active player, but now yes. So, I think like four or five weeks before, I played Rafa in the semis of Barcelona. And I was beating him four and four. I played really well, but not my best tennis, but I still beat him in two sets, which gave me a lot of confidence for the French Open. I remember, before the finals [of Barcelona], there were not many people left in the players' restaurant. The final was at, I think, 3 pm or whatever and until 2.40 or something, Rafa is like sitting with his phone. I think he was checking boats because he loves it so much, you know? And then he went to warm up, of course, and then I beat him. »
Une scène dans le vestiaire qui change tout
Ce qui frappe dans le récit de Thiem, c'est la précision des détails — les horaires, les lieux, les atmosphères. Il se souvient notamment d'une scène dans le restaurant des joueurs à Barcelone, peu avant la finale du tournoi : Nadal, tranquillement assis avec son téléphone, regardait des photos de bateaux jusqu'à quelques minutes avant l'heure du match. Détendu, presque indifférent à l'enjeu. Ce jour-là, Thiem l'avait emporté.
La finale de Roland Garros, elle, offrit un tableau radicalement différent. À 14h30, dans le vestiaire parisien, Thiem croisa un Nadal méconnaissable : casque sur les oreilles, regard fermé, concentré jusqu'à l'os. Une image qui parla d'elle-même.
« Et alors c'était le jour de la finale de Roland Garros, qui a commencé à 15h et à 14h15, je suis allé du restaurant à mes dernières préparations, et puis je l'ai vu à 14h30. Je l'ai vu dans le vestiaire avec des écouteurs, et il avait un regard tellement concentré sur son visage. Et je pense bon, c'est différent de Barcelone. Je risque d'avoir des ennuis. »
Nadal à Roland Garros : un autre niveau de motivation
Ce que Thiem décrit, c'est moins une tactique qu'un état. Nadal à Roland Garros ne jouait pas simplement un match de plus — il entrait dans un espace mental à part, que le reste du circuit ne pouvait qu'observer de loin. La finale confirma cette impression : l'Espagnol s'imposa sans que Thiem ne parvienne à exprimer le tennis qu'il avait montré jusque-là dans le tournoi.
L'Autrichien tire de cet épisode une leçon précise : face à ce type d'adversaire, dans ce type de moment, le moindre décalage de préparation se paye cash. Il ne s'agissait pas de niveau technique mais d'intensité de présence. Un enseignement que Thiem porte visiblement encore avec lui.
Un témoignage qui resitue une rivalité
Au-delà de l'anecdote, ce récit éclaire d'une lumière particulière les deux finales Roland Garros de Thiem. Il n'était pas venu en victime consentante : il croyait, chaque fois, en sa capacité à gagner. C'est précisément ce qui rend son témoignage intéressant — non pas la défaite elle-même, mais la lucidité avec laquelle il analyse ce qui s'est joué dans ces moments-là.
À 32 ans, désormais retraité, Thiem prend le recul que le feu de la compétition n'autorise pas toujours. Ces confidences, partagées sur différents podcasts depuis la fin de sa carrière, dessinent le portrait d'un joueur qui a su observer, comprendre et tirer de ses défaites quelque chose de plus durable qu'un simple résultat.




