Jessica Pegula n'a pas mâché ses mots sur le sujet du format best-of-cinq sets pour les femmes. Interrogée à Indian Wells, la joueuse américaine a non seulement réaffirmé son opposition à cette évolution, mais elle a également livré une confidence troublante de la part de joueurs ATP sur leur façon de gérer les longs matchs en Grand Chelem.
Une proposition venue de Melbourne
Tout a commencé après la finale de l'Open d'Australie entre Elena Rybakina et Aryna Sabalenka. Craig Tiley, alors directeur du tournoi de Melbourne et CEO de Tennis Australia avant de rejoindre l'USTA fin février, avait évoqué la possibilité que les joueuses disputent des matchs en cinq sets à partir de 2027. Le format envisagé prévoyait un maintien du best-of-trois jusqu'aux huitièmes de finale, puis un passage au best-of-cinq à partir des quarts.
Le départ de Tiley de Tennis Australia rebat en partie les cartes. L'avenir de ce projet reste incertain sans son principal promoteur au sein du conseil du tournoi.
Pegula : une opposition de fond, pas de forme
Jessica Pegula, numéro 5 mondiale, a été directement questionnée sur cette perspective à Indian Wells. Sa réponse ne laisse guère de place au doute.
« Je ne suis honnêtement pas une grande fan du three out of five, même chez les hommes. Dans ces matchs en trois sets sur cinq, il y a aussi beaucoup de situations où les mecs lâchent des sets parce qu'ils sont fatigués. S'ils se retrouvent avec un break de retard, ils ont tendance à abandonner le set pour se remettre en ordre pour le troisième ou le quatrième. Ils me l'ont dit eux-mêmes. »
Ce n'est pas la première fois que la joueuse de 32 ans exprime cette position. Mais la confidence des joueurs ATP apporte une dimension nouvelle au débat : ce ne serait pas seulement une question d'endurance, mais de gestion tactique du score — une forme de calcul accepté au plus haut niveau.
Le schéma tactique qui dérange
C'est là que l'argument de Pegula prend toute sa portée. Dans un match en cinq sets, la gestion de l'énergie devient un paramètre à part entière. Certains joueurs choisissent délibérément de ne pas défendre un set compromis — préférant conserver leurs ressources pour les manches suivantes plutôt que de se battre point par point dans une situation défavorable.
Ce choix, souvent invisible pour le spectateur, fausse en partie la lecture du rapport de force réel. Un set perdu ne traduit pas toujours une infériorité technique ou physique à cet instant précis. C'est un aspect souvent sous-estimé dans le débat autour du format long.
Pegula ne s'oppose pas au format uniquement pour des raisons physiques. Elle remet en question ce qu'il produit réellement en termes de qualité de jeu et de compétition.
Un débat qui reste ouvert
La question de l'égalité des formats entre les circuits masculin et féminin revient régulièrement, portée par des arguments contradictoires : spectacle, tradition, charge physique, équité de traitement. La proposition de Melbourne a relancé ce débat avec une concrétisation possible à horizon 2027.
Avec le départ de Craig Tiley de Tennis Australia, les chances que ce projet aboutisse semblent aujourd'hui plus incertaines. Mais la discussion, elle, ne fait que commencer — et la prise de position de Pegula, étayée par des confidences venant du camp adverse, lui donne une résonance particulière. La suite du débat se jouera probablement dans les prochaines semaines, à mesure que les instances dirigeantes des Grand Chelems se positionneront officiellement sur le sujet.




