Interview

Delgado : « Le Top 15 d'il y a dix ans était plus fort »

Jamie Delgado, entraîneur de Jack Draper, estime que le Top 15 était plus redoutable il y a dix ans — même si Sinner et Alcaraz auraient, selon lui, également dominé l'ère du Big 3.

Lena Kovac
9 mars 2026
4 min
Delgado : « Le Top 15 d'il y a dix ans était plus fort »

Le débat agite régulièrement les anciens du circuit : le tennis masculin actuel est-il aussi relevé qu'à l'époque du Big 3 ? Jamie Delgado, entraîneur de Jack Draper, y a répondu sans détour lors d'un récent podcast. Ses propos alimentent une question que beaucoup se posent, au moment où Sinner et Alcaraz semblent évoluer dans une catégorie à part.

Neuf Grands Chelems à deux, une domination qui interroge

Jannik Sinner et Carlos Alcaraz ont remporté les neuf derniers titres du Grand Chelem. Une emprise collective sans précédent sur le circuit masculin, qui a conduit les observateurs à se demander si leurs adversaires directs sont réellement capables de les menacer dans les grands rendez-vous.

Les deux hommes se sont d'ailleurs retrouvés en finales des événements majeurs à plusieurs reprises, creusant un écart visible avec le reste du plateau. Au rang des chiffres récents, Sinner — actuellement classé deuxième mondial — a battu Shapovalov 6-3, 6-2 au troisième tour d'Indian Wells le 8 mars, voir le détail du match. Alcaraz, numéro un mondial, affiche pour sa part des résultats récents tout aussi nets sur dur.

Delgado : le Top 15 d'il y a dix ans « posait plus de menaces »

C'est dans ce contexte que Jamie Delgado a pris la parole dans le podcast animé par Greg Rusedski. L'Anglais, qui connaît le circuit de l'intérieur en tant que coach, ne minimise pas la valeur des deux premiers du monde — mais pose une nuance importante sur la profondeur du plateau actuel.

« Jannik et Carlos sont tous les deux des joueurs incroyables et auraient certainement disputé les titres les plus prestigieux face au Big 3. En même temps, je pense que le niveau dans le Top 15 était plus élevé il y a dix ans. Il y avait des joueurs comme Murray, del Potro, Wawrinka et Berdych qui représentaient une plus grande menace qu'aujourd'hui dans le Top 10. »

Delgado nuance toutefois son propos sur le reste du tableau. Il reconnaît que les joueurs situés autour des quarantième et cinquantième places mondiales ont, eux, progressé — rendant les premiers tours plus piégeux qu'autrefois. La progression du tennis s'est donc faite en largeur, davantage qu'en hauteur.

Une comparaison avec le Big 3 qui divise les anciens

Delgado n'est pas le seul à avoir tracé ce parallèle. Plusieurs anciens joueurs et observateurs du circuit ont évoqué l'époque Federer-Nadal-Djokovic comme une référence en matière de densité au sommet. À cette période, un huitième de finale dans un Grand Chelem pouvait opposer deux joueurs capables de remporter le tournoi.

La configuration actuelle est différente. Sinner et Alcaraz se sont retrouvés en finales des tournois majeurs à de nombreuses reprises, mais les demi-finales voient souvent passer des joueurs dont la menace réelle reste limitée. L'argument de Delgado tient à cette concentration du niveau en deux individus plutôt qu'à une élévation collective du sommet.

Leur bilan direct illustre d'ailleurs cette parité entre les deux : sur leurs confrontations les plus récentes, Alcaraz s'est imposé en janvier 2026 (7-5, 7-6), Sinner avait gagné les deux précédentes en novembre et octobre 2025. Une rivalité serrée, mais cantonnée à un cercle de deux.

Alcaraz et Sinner, une trajectoire hors-norme

Ce que les propos de Delgado laissent en creux, c'est la question de ce que ces deux joueurs auraient fait face aux meilleurs de la génération précédente. L'hypothèse est invérifiable, mais le débat révèle une réalité : personne, aujourd'hui, ne semble en mesure de briser leur emprise sur le circuit de manière régulière.

Alcaraz a récemment décroché son Grand Chelem de carrière à l'Open d'Australie en début d'année, devenant le plus jeune joueur à accomplir ce record. Sinner, de son côté, accumule les semaines de régularité en tête de classement. Leurs trajectoires respectives nourrissent des comparaisons historiques qui ne semblent plus relever de la projection, mais d'une réalité déjà en train de s'écrire.

Les deux hommes sont actuellement engagés à Indian Wells sur surface dure. Pour Sinner, la suite du tournoi représente une nouvelle occasion de confirmer son niveau après sa victoire expéditive au troisième tour. Alcaraz, de son côté, poursuit sa route dans le tableau. Une éventuelle finale entre les deux serait, une fois de plus, l'occasion de mesurer ce que le reste du circuit peine à offrir : une rivalité au sommet qui tient ses promesses.

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