Dans son podcast, Andy Roddick a tranché une question qui agite régulièrement les débats tennistiques : quels sont les deux meilleurs serveurs qu'il ait jamais vus ? Sa réponse, sans hésitation : Ivo Karlovic et John Isner. Deux géants dont le service relevait, selon lui, d'une catégorie à part.
Un constat simple : la taille change tout
Andy Roddick n'a pas cherché à nuancer. Pour lui, peu importe le niveau du joueur concerné, greffer le service de Karlovic ou d'Isner sur n'importe quel être humain améliorerait immédiatement son jeu. L'argument de fond est anatomique autant que tactique : la hauteur de frappe générée par ces deux serveurs produit des angles et des rebonds que la mécanique adverse ne peut absorber normalement.
Il évoqua également Pete Sampras, dont il reconnut la qualité de service, mais pour mieux souligner que le kick serve d'Isner atteignait une tout autre dimension. Là où Sampras construisait son service sur la précision et la variation, Isner ajoutait une verticalité qui rendait le retour structurellement difficile, indépendamment du niveau du relanceur.
Le kick serve, arme de déstabilisation massive
C'est sur le kick serve que Roddick s'attarda le plus longuement, et ce choix est révélateur d'un vrai schéma tactique. Le kick serve, frappé avec un effet lifté important, rebondit haut et sort de la zone de frappe confortable du relanceur. Contre un serveur ordinaire, le joueur peut anticiper la hauteur de balle et ajuster. Contre Isner ou Karlovic, la combinaison de la hauteur de frappe et de l'effet produit une balle qui monte au-delà de l'épaule, parfois au-dessus de la tête, rendant tout retour offensif quasi impossible.
"The two best serves I have ever seen, where it's like you put them on any human and their serve is better, are Karlovic and Isner. [...] He would hit kick serves where he would hit it and you would just start laughing. It would be like putting on a blindfold, knowing a piñata was somewhere in the field and trying to hit it."
L'image de la piñata dit tout. Ce n'est pas simplement une question de vitesse — les radars ne font pas tout. C'est la combinaison de la hauteur de rebond, de l'angle de sortie et de l'imprévisibilité qui place le relanceur dans une situation où la lecture du jeu devient presque impossible. À ce niveau, la marge est infime entre un retour neutre et une faute directe.
Isner, un héritage construit sur le service
John Isner incarne peut-être mieux que quiconque ce que signifie bâtir une carrière entière autour d'un coup. Pendant dix-sept ans sur le circuit professionnel, il accumula seize titres et atteignit la huitième place mondiale. Son meilleur résultat en Grand Chelem fut une demi-finale à Wimbledon en 2018, la même année où il s'imposa à Miami pour décrocher son unique titre en Masters 1000.
Il reste aussi associé au match le plus long de l'histoire du tennis, cette rencontre face à Nicolas Mahut à Wimbledon en 2010, qui dura onze heures et cinq minutes. Un record en grande partie rendu possible par l'inviolabilité de son service, qui lui permit de tenir des sets interminables sans être breaké.
Karlovic, l'autre sommet de la discipline
Ivo Karlovic, cité en premier par Roddick, représente le cas extrême de ce phénomène. Avec plus de deux mètres de hauteur, le Croate produisait des angles de service inatteignables pour la grande majorité des relanceurs. Sa carrière repose presque exclusivement sur cette arme, ce qui rend d'autant plus significatif le fait que Roddick, lui-même reconnu comme un grand serveur de sa génération, le place au sommet de cette hiérarchie.
Ce qui ressort de l'analyse de Roddick, c'est qu'il ne s'agit pas simplement d'admiration pour la puissance brute. C'est la reconnaissance que certains services créent un rapport de force si déséquilibré dès le début du point qu'ils neutralisent toute capacité de construction adverse. On ne parle plus de tactique à partir de là — on parle de survie.
Retraité depuis 2012 et désormais impliqué dans la diffusion et l'analyse du tennis, Roddick continue d'alimenter le débat avec la crédibilité d'un ancien numéro un mondial qui a lui-même fait du service l'une de ses principales armes. Son regard sur Karlovic et Isner n'est pas celui d'un observateur extérieur, mais d'un adversaire qui les a affrontés et en a mesuré concrètement les effets.




