Interview

Trungelliti : 50 000 dollars refusés, menaces de mort assumées

Trungelliti a refusé 50 000 dollars pour truquer un match et payé ce choix de menaces de mort et d'un exil forcé. L'Argentin, demi-finaliste à Marrakech, revient sur une décennie de combat contre la corruption dans le tennis.

Julien Doucet
4 avril 2026
3 min
Trungelliti : 50 000 dollars refusés, menaces de mort assumées

Marco Trungelliti, 36 ans, n'a pas seulement atteint les demi-finales du tournoi de Marrakech sur terre battue ce 4 avril 2025. L'Argentin porte aussi un autre combat depuis une décennie : celui contre la corruption dans le tennis. Dans un entretien récent, il est revenu sur l'offre de 50 000 dollars qu'il avait reçue pour truquer un match, et sur les conséquences que son refus a entraînées.

Une offre à six chiffres, un choix à vie

Trungelliti a raconté sans détour dans quel contexte financier évoluaient les joueurs de bas de tableau lorsque l'offre lui parvint. Gagner 300 euros pour un premier tour : c'est la réalité de nombreux joueurs sur le circuit Challenger. Face à ce décalage, la tentation devient tangible.

« Si tu prends 300 euros pour un premier tour et que quelqu'un t'offre 5 000 pour truquer un match, tu diras non une fois, deux fois, trois fois, mais quand tu rentres chez toi sans un sou et que tu vois les autres le faire, ça devient difficile de refuser. On m'a offert 50 000 dollars pour truquer un match. 50 000 dollars pour une heure de travail. Si tu commences à y réfléchir, même un peu, c'est foutu. »

Ce qui a fait la différence ici, c'est la réaction immédiate de Trungelliti. Plutôt que de négocier ou de temporiser, il contacta directement les autorités tennistiques et la police. Son témoignage permit de mettre en lumière l'implication de plusieurs joueurs argentins dans des affaires de manipulation de résultats, entraînant leurs suspensions.

Des menaces de mort et un exil forcé

La décision ne fut pas sans conséquences. Après avoir coopéré avec les autorités, Trungelliti fit face à des pressions, des menaces, puis des menaces de mort. La situation devint suffisamment grave pour qu'il quitte l'Argentine.

Interrogé sur d'éventuels regrets, il fut sans ambiguïté :

« Je n'ai aucun regret. C'était très clair dans mon esprit. Je savais ce que je devais faire dès le début. Évidemment, je suis l'exception. »

Ce constat — se définir lui-même comme une exception — dit beaucoup sur la réalité du circuit à ce niveau. À ce niveau, la marge entre intégrité et compromis peut se réduire à quelques centaines d'euros d'écart.

Un scandale qui dépasse le cas individuel

Le témoignage de Trungelliti s'inscrit dans un contexte plus large. Une enquête judiciaire, révélée par L'Équipe, avait mis au jour ce qui serait le plus grand scandale de corruption de l'histoire du tennis. Les autorités avaient examiné 375 matchs disputés entre février 2014 et juin 2018, impliquant 181 joueurs.

Au cœur de l'opération se trouvait un individu présenté sous le surnom de « le Maître », Grigor Sargsyan, accusé d'avoir soudoyé des joueurs pour fixer des résultats. Les tarifs pratiqués avaient été rendus publics : un jeu perdu en simple valait 400 euros, un match de double environ 2 000 euros. Le montant total de l'opération aurait avoisiné le million d'euros.

La grande majorité des matchs concernés impliquaient des joueurs classés au-delà de la 200e place mondiale — précisément ceux dont les revenus restent insuffisants pour assurer une carrière stable sans revenus complémentaires.

Trungelliti attend encore une réponse du circuit

L'Argentin ne cache pas son attente vis-à-vis des instances. Il reconnaît sa fierté conditionnelle :

« Pour que je me sente fier, l'ATP et l'ITF devraient vraiment lutter contre la manipulation des matchs. Peut-être un jour. »

Sur le plan sportif, Trungelliti a disputé ce 4 avril 2025 les demi-finales du tournoi de Marrakech sur terre battue, s'imposant 6-4, 7-6(2) face à un adversaire qui commit 8 doubles fautes. Trungelliti a délivré 5 aces et réussi 63 % de ses premières balles, quand son adversaire n'en convertissait que 52 %. La finale l'attend. Pour un joueur qui évolue en dehors du classement ATP, l'enjeu sportif est réel — mais son combat le plus long, lui, s'est joué bien loin des courts.

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